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JUSTEDESIDEEKIDERANGENT
jeudi 03 janvier 2008, a 11:23
JALLATTE : HISTORIQUE/DELOCALISATION/LUTTES SOCIALES !
 

JALLATE / LA NOUVELLE AFFAIRE DE DELOCALISATION

 

Suite à plusieurs articles dans Midi Libre. Je cite « Un nouveau coup dur dans le Gard, qui était hélas attendu. Le groupe Jallatte, un des fleurons de l'industrie textile du département, numéro 1 de la chaussure de sécurité, risque de s'envoler vers la Tunisie. L'annonce à été faite par le propriétaire du groupe, l'Italien JAL, lui-même contrôlé par un fonds d'investissement Américain. De quoi déboussoler un peu plus les Cévennes Gardoises qui viennent déjà de perdre l'essentiel de la fabrication des collants Well, un groupe né au Vigan. Du coup, le sous-préfet a tapé sur la table : pas question d'accepter sans broncher cette nouvelle délocalisation ».

 

« Georges Frêche, prêt à mettre les moyens et demande la mise en place d'un plan de revitalisation des Cévennes Gardoises. »

 

Je crains qu'en la matière, si l'on commence à mettre « les moyens », cela va continuer. Un autre, et encore un autre… Comme les enlèvements pour les demandes de rançons… L'engrenage !

 

Et pourtant il faut bien faire quelque chose. J'y verrais bien un grand coup d'éclat. Celui qui me semble le plus juste pour les salariés de toutes les entreprises visées par les mêmes aigrefins : la seule solution consiste à les priver des moyens qu'ils croient nous avoir pris, et reprendre ce qui est à nous. Nos marques nous appartiennent, nos emplois sont à nous !!!

 

Nous devons d'urgence légiférer pour déclarer hors la loi toutes ces délocalisations, racheter nos entreprises pour la modique somme hautement symbolique de 1 euro, et conserver nos centres de profit pour notre économie !

 

Et puis j'ajoute à l'attention de tous les acheteurs des chaussures de sécurité « Jallatte » : « qu'est-ce qui vous garanti que la qualité sera préservée, si l'on délocalise pour fabriquer à Pétat-où-chnoque » !!!

 

 

LE GROUPE JALLATTE :

 

Le Groupe « Jallatte » appartient au Groupe JAL qui rassemble les activités de production et de commercialisation de chaussures et bottes professionnelles des Groupes Almar et Jallatte.

 

-Chiffre d'affaires Groupe JAL 2004 : 181 millions d'euros (dont 79 millions pour le groupe Jallatte)

 -Plus de 11 millions de paires vendues en 2004 par le Groupe JAL, dont 3,5 millions pour le Groupe Jallatte

-Plus de 4300 personnes dans le monde (dont 550 en Europe)

-3 usines et une tannerie en France et un site de production en Tunisie

-Présence commerciale internationale avec leadership sur le marché européen. 30 % du marché en volume réalisé au travers de 8 marques : Jallatte, Auda, Lupos, Impact (Groupe Jallatte) ; Almar, Aimont (Groupe Almar)

-4 filiales commerciales en Allemagne, UK, Italie et Espagne

-Partenariat commercial et technologique avec la société Simon au Japon

 

 

HISTORIQUE :

 

En 1947, Pierre Jallatte reprend une fabrique de galoches des Cévennes et installe la société Jallatte dans un fort construit par Vauban pour repousser la rébellion Huguenote.

Au cours d'un voyage aux Etats-Unis, il découvre les premières chaussures de sécurité pour le travail et a été le premier à importer l'idée en France.

 

 

LA CONSTITUTION DU GROUPE :

 

Au fil des années, la société Jallatte s'est développée et a fortifié son portefeuille de marques :

-1986 : Accords Simon/Jallatte et début des fabrications au japon ;

-1987 : Prise de participation majoritaire dans le Groupe A. LAFONT

-1990 : Prise de participation majoritaire dans le groupe Auda, fabricant Français de la botte PVC de sécurité et de loisirs.

-1998 : Prise de participation de CVC Capital Partners via la société financière du fort.

-2000 : Rapprochement des sociétés Jallatte/Almar via CVC Capital Partners. Constitution d'un groupe européen de 200 millions d'euros, avec 30 % de parts de marché et 11 millions de paires fabriquées.

-2003 : Filiation des activités techniques (Jaltech SAS), commerciales (Jalcom SAS) et administratives (Jalservices SAS).

 

Actuellement  le groupe fabrique et commercialise 4 marques de chaussures et bottes à usage professionnel : Jallatte, Lupos, Auda, Impact.

 

LES MOYENS DE PRODUCTION :  

 

La fabrication des chaussures est réalisée, en France sur 4 sites de production ayant chacun ses spécificités :

 

L'usine de Saint-Hippolyte-du-Fort (30) est affectée à la production du Triffane et du Lightime ainsi qu'aux embouts composites Xétane sur le principe de lignes et d'ilots flexibles très automatisées.

-Production journalière : 1700 paires.

 

L'usine et le stock central d'Alès (30) est initialement une réponse aux besoins de croissance de capacité de production de Jallatte, elle est aujourd'hui spécialisée dans la fabrication du Softane Bimatière ainsi que du triftane et se concentre autour de 4 ilots flexibles. Elle est devenue au cours des ans, un centre d'excellence dans l'injection des polymères.

-Production journalière : 3000 paires.

 

 

L'usine du Breuil sur Couze (63) spécialisée dans l'injection de bottes de sécurité en PVC. L'usine est située en Auvergne, à 10 km au sud d'Issoire. Trois carrousels assurent la production quotidienne de 2500 paires de bottes AUDA. Le procédé d'injection utilisé permet de combiner plusieurs qualités de PVC et les éléments de sécurité pour donner une collection complète de bottes. Un atelier d'assemblage fabrique environ 120 paires par jour cuissardes et combinaisons en PVC. Les produits sont contrôlés et emballés sur 2 lignes et expédiées au stock d'Alès.

-Production journalière : 2400 paires de bottes / 120 paires de cuissardes et combinaisons en PVC.

 

La tannerie BCS (74)

La qualité étant la principale préoccupation de Jallatte, le Groupe a racheté la tannerie BCS, une des plus anciennes de France, installée sur un terrain de 11000 m2, dotée d'un matériel moderne et performant, fortement automatisée, elle traite un volume mensuel de 400000 pieds carrés de cuir de bovins.

 

Pour pallier les problèmes de pollution, BCS s'est associée à 2 autres tanneries françaises dans la création d'une unité de pré-tannage où, depuis 1987, sont effectués le travail de rivière et le tannage. Cet atelier des travaux humides a une capacité de 70 tonnes par jour, ce qui nécessite une grande quantité d'eau. Une station d'épuration ultramoderne avec traitement physico-chimique et biologique, correspondant à 100000 équivalents-habitants, récupère et traite tous les déchets. Ainsi l'eau renvoyée à la rivière est potable.

 

BCS produit essentiellement des bandes de cuir pleine fleur et nubuck sous différentes présentations pour les chaussures de sécurité, de sport, de randonnée, ainsi que les croupons pour les chaussures de montagne, les bottes pompiers, les rangers militaires.

 

Une partie de son activité est destinée à la maroquinerie et à la ceinture. Tous les cuirs BCS sont conformes aux normes européennes. La tannerie s'est fait aussi une spécialité dans la fourniture de cuir répondant à des cahiers des charges particulièrement contraignants.

-Production mensuelle : 400000 pieds carrés de cuir de bovins.

 

 

Le Groupe Jallatte délocalise une partie de sa production en Tunisie

          

Le Groupe français Jallatte, qui produit 1,2 million de paires de chaussures de travail par an, compte 4.300 ouvriers -dont 550 en France…, avec 181 millions d'euros de chiffre d'affaires (2004) a décidé de s'installer en Tunisie.

Ce redéploiement de Jallatte va entraîner, bien évidemment, la fermeture de certaines de ses usines en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne. En fait, l'entreprise va délocaliser la totalité de sa production hors d'Europe, dont une bonne partie en Tunisie.

Ce groupe est considéré comme le leader européen de la fabrication des chaussures de sécurité.

 

mercredi 30 mai 2007

Délocalisation de Jallatte : Premier écueil pour Sarkozy

« Je propose que l'Etat se donne les moyens d'investir dans les bassins industriels en difficulté pour les réindustrialiser en y développant des activités nouvelles » disait le candidat Sarkozy.

Sarkozy Président et déjà Jallatte le numéro 1 en France de la chaussure de sécurité délocalise en Tunisie : Perte nette 286 emplois en France sur 336. Sans compter les emplois induits pour la région.

De deux choses l'une :

Soit Sarkozy empêche cette délocalisation, soit il redonne rapidement de l'espoir aux salariés licenciés en mettant les moyens de l'Etat pour investir localement. Investir en formation, investir "dans une activité nouvelle".

Parce que bien sûr ce sont aux salariés licenciés qu'il faut fournir une requalification en priorité.

Les jours qui viennent montreront si oui ou non Sarkozy est l'homme à tout faire du gouvernement et s'il a les moyens de sa démesurée ambition.

Jallatte a été crée en 1947 et produit 1,2 millions de paires de chaussures par an.

Les sites menacés sont dans le Gard, le Puy-de-Dôme et la Moselle.

Voir Tunisie Affaire

Déjà Aubade délocalisait de Poitou-Charentes vers la Tunisie (Voir FashionMag) : 180 emplois de perdus en France. Avec Jallatte, ce sont deux fleurons français qui s'en vont.

Hier Sarkozy ne pouvait rien faire car il n'était pas Premier ministre disait-il. Et maintenant alors ?

La logique des patrons est de délocaliser pour rester compétitif, conserver son entreprise et les profits qui vont éventuellement avec.
Le client, lui, veut conserver la qualité des produits.
Le salarié veut garder son emploi.
Ces trois logiques ne semblent pas aller ensemble avec Jallatte.
Dans la théorie on peut accepter que Jallatte aille produire ailleurs si des emplois sont créés à la place.
En pratique, ce ne sont pas les mêmes qui profitent des emplois créés (nouvelles technologies par exemple) et ceux qui perdent leur emploi.

Aménagement du territoire

L'aspect le plus dramatique de la fermeture d'un site industriel, pour raisons de délocalisation ou de cessation d'activité, c'est l'effet de levier négatif dû à la situation géographique du site. La grande mutation dans le secteur minier au début des années 70 a fait des dégâts énormes, car la mine représentait, directement ou indirectement, 70% de l'économie régionale.

Aujourd'hui, des entreprises naissent et disparaissent chaque jour dans la région parisienne, sans que l'impact soit notable sur le bassin d'emploi, mais en province, quand une usine de 200 ouvriers ferme ses portes, il n'y a pas 200 nouveaux jobs ouvriers dans un rayon de 100 km. Le processus de reclassement, et de création de nouveaux emplois, prend beaucoup plus de temps et de nombreuses familles souffrent, tout le tissu social est affecté.

Les élus doivent anticiper les grandes mutations économiques en construisant des « clusters » des centres d'excellence de nouveaux domaines industriels. Cela ne se fera pas dans chaque petite ville de province, mais si l'aménagement du territoire était bien pensé, nous aurions des nouveaux centres à fiscalité réduite dans les régions les plus touchées.

Posté par lg, dimanche 10 juin 2007 à 13:54

Déclaration d'Olivier Besancenot.

La direction de la société Jalatte a sans doute cru que l'élection de N. Sarkozy comme président de la république allait lui permettre de licencier sans problèmes 286 salariés pour cause de délocalisation du leader mondial de la chaussure de sécurité en Tunisie. C'était sans compter sur la colère des salariés qui, avec l'arrêt de la production et la fermeture des sites sur Alès, Saint-Hippolyte du Fort, voient leurs vies et celles de leurs familles brisées

Une fois de plus, les salariés sont traités comme de la main d'œuvre jetable par des actionnaires et des fonds de pension avides de profit maximum.

Je tiens à exprimer ma totale solidarité avec la révolte des salariés de Jalatte, mon soutien absolu aux actions qu'ils vont entreprendre à commencer par le rassemblement qu'ils tiennent aujourd'hui devant la Préfecture à Nîmes. Le plan social est repoussé d'un mois. C'est inacceptable ! Il faut qu'il soit purement et simplement annulé. Non à la fermeture des sites de production et à la délocalisation, non aux licenciements, maintien de tous les emplois.

Il faut que l'ensemble des organisations syndicales, de la gauche sociale et politique tisse un réseau de solidarité avec les salariés de Jallatte et prennent toutes les initiatives nécessaires pour faire reculer la direction.

Pierre Jallatte, qui avait fondé l'entreprise du même nom en 1947, l'avait récemment vendu à un groupe Italien. Et c'est la nouvelle direction qui a pris la décision de délocaliser la production en Tunisie. D'après Le Midi Libre, il était très affecté par le sort de son ancienne entreprise.

Toujours d'après le Midi Libre, Georges Argeliès, 75 ans, l'ancien directeur des usines et compagnon de Pierre Jallatte depuis 1950, avait, le jour de l'annonce de la fermeture des usines gardoises, traité les nouveaux actionnaires de « voyous » méritant juste « d'être pendus haut et court »…

La LCR ne peut bien sûr reprendre publiquement ces termes, mais elle tient à dénoncer fermement la soif de profit, la rapacité, d'actionnaires qui en ont rien à foutre de condamner au chômage (et donc à la mort sociale) des centaines d'employés dans une région déjà durement touchée par les licenciements.

 

 

 

 

emplois. Et le faire chaque fois que des emplois seront menacés alors que des dividendes sont versés.

 

Mettre un peu de moralité dans ce monde de brutes ! N'oubliez pas, les horlogers de LIP ont vaincu les actionnaires qui voulaient leur peau. (Regardez la note concernant LIP)

 

 

 

>> Social, économie et politique
Jalatte : suicide du fondateur
Samedi, 09 Juin 2007

Pierre Jallatte, 88 ans, fondateur du leader européen de la chaussure de sécurité dont le site du Gard est actuellement menacé de délocalisation, s'est suicidé chez lui hier après-midi d'un coup de carabine.

Pierre Jallatte n'a visiblement pas supporté de démantèlement de son entreprise, qu'il avait fondée en 1947. "C'était un patron à grande gueule mais à grand cœur, pas un financier comme il y a maintenant", a dit Jean-François Anton, délégué CGT de 54 ans qui travaille depuis 1969 sur le site du village cévenol de Saint-Hippolyte-du-Fort. Un drapeau noir a aussitôt été placé à l'entrée de l'usine avec sa photographie. "C'est fréquemment qu'il me disait qu'il souhaitait mourir avant que son usine ferme", a expliqué, très ému, un ancien salarié de 75 ans qui a supervisé la production de Jallatte durant 25 ans, ajoutant : "Il avait très mal vécu [l'annonce de la délocalisation]. Ce n'est pas le premier plan social que les actionnaires nous font. L'usine espagnole avait fermé, l'usine allemande avait fermé, une usine d'Alès avait fermé, et tout ça fait beaucoup." "Ce sont les actionnaires qui l'ont tué", disent-ils tous.

Jallatte : ces fonds de pension qui tuent l'emploi et les hommes

Malgré l'émotion suscitée par la mort de Pierre Jallatte, à Saint-Hippolyte-du-Fort, salariés et habitants se mobilisent pour sauver l'entreprise de chaussures de sécurité.

Pierre Jallatte était un homme de parole : il voulait mourir avant l'entreprise qu'il avait fondée. Et c'est au moment précis où se discutait l'avenir de celle-ci que, trois semaines avant ses 89 ans, il s'est suicidé, vendredi matin, en se tirant un coup de carabine dans la tête, chez lui, à Nîmes (Gard). Très affecté par l'annonce de la délocalisation en Tunisie de la totalité de la production des chaussures de sécurité qui portent son nom, celui qui, en 1947, reprend l'usine de galoches de son père n'aura même pas attendu les conclusions de la table ronde qui se tenait alors en préfecture, à quelques kilomètres de son domicile.

« Les actionnaires ont tué Pierre Jallatte »

Bien qu'il n'ait laissé aucun message, les raisons du suicide de Pierre Jallatte ne sont guère mystérieuses. Georges Argeliès, directeur de production pendant vingt-cinq ans, ne prend pas de détours : « Il y a dix jours, j'ai dit aux dirigeants de la société qu'ils étaient des voyous, qu'ils méritaient d'être pendus haut et court. Aujourd'hui, je le redis, ce sont eux et les actionnaires qui ont tué Pierre Jallatte. ». À Saint-Hippolyte-du-Fort, village de 3 500 habitants qui a vu prospérer la marque, l'émotion est grande. Samedi, le portrait du défunt et un long drap noir ont été hissés à l'entrée de l'usine. Un témoignage voulu par le personnel mais désapprouvé par la direction actuelle. Habitants, salariés, d'hier et d'aujourd'hui, et élus se sont recueillis en hommage à l'ancien entrepreneur. De nombreuses personnes défilent pour adresser un message de sympathie sur les registres de condoléances.

« C'était un patron à grande gueule mais à grand cœur, pas un financier comme il y a maintenant. Ce geste, il l'a fait pour nous sauver car il ne supportait pas l'idée que le fric puisse gâcher des vies humaines », témoigne Jean-François Anton, responsable de la CGT, embauché en 1969. Jusqu'à neuf cents personnes ayant travaillé chez Jallatte, toutes les familles de la commune ont eu un de leurs membres comme salarié. « C'était un patron à l'ancienne, paternaliste. Il vivait très mal les orientations actuelles de l'entreprise, décidées par des fonds de pension, raconte Jean-Michel Suau, conseiller général communiste. Espérons au moins que ce drame va peser positivement dans l'avenir de Jallatte, qui représente une des premières délocalisations de l'ère Sarkozy », conclut-il.

Suspension du projet de délocalisation

Alors qu'un accord garantissait la continuité de la production jusqu'en octobre 2007 sur les deux sites de Saint-Hippolyte-du-Fort et d'Alès, la direction a présenté un plan de délocalisation, le 30 mai dernier, menaçant de supprimer 285 emplois sur 336. La deuxième table ronde, vendredi dernier, a abouti à la suspension du projet, grâce à la persévérance des syndicats et élus. « Le directeur général France, Joël Aunos, a été mandaté pour présenter un plan alternatif d'ici au 18 juin, afin de conserver une production viable sur les sites gardois », a rapporté Christian Dubois, de la CGT. Lors de la manifestation contre la délocalisation, prévue jeudi à Alès, les salariés porteront un brassard noir, en signe de deuil. Après leur charismatique patron, ils sont prêts à se battre pour ne pas enterrer leur outil de travail.

Ludovic Tomas

« Maintenant, chez Jallatte, ils s'en foutent pas mal des ouvriers »

Délocalisation. Choqués par le suicide de leur patron historique, salariés anciens et actuels manifestent aujourd'hui à Alès leur refus de laisser leur patrimoine industriel aux mains des actionnaires voyous.

Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard),

Envoyé spécial.

« Pour le courage et la détermination d'un homme qui a su s'entourer des meilleurs mais qui a dû s'incliner devant la lâcheté de la mondialisation qu'on appelle aussi capitalisme. » Ce témoignage inscrit sur le cahier de doléances, installé à l'entrée de l'usine, reflète l'atmosphère de tristesse et la colère qui règnent depuis vendredi à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard). Ici, le nom de Jallatte, c'est un bout d'histoire de chaque famille. Et celui de Pierre Jallatte met les larmes aux yeux de Maurice Viala, quatre-vingt-quatre ans. Le fondateur et ancien dirigeant de l'entreprise de chaussures de sécurité qu'il a hissée au premier rang mondial s'est suicidé vendredi dernier, ne pouvant accepter la délocalisation de la production en Tunisie.

« C'est nous qui avons monté l'usine. J'y ai passé vingt-quatre ans de ma vie. On travaillait beaucoup mais on était récompensés », raconte Maurice Viala, embauché en 1960. Rigoureux mais généreux, c'est l'image qui reste de Pierre Jallatte, que personne ne s'aventure à critiquer. « Après un accident de moto, je suis resté dix-neuf mois dans le plâtre. Un jour, je reçois une lettre me demandant de me présenter au travail sous peine de licenciement. Quand M. Jallatte m'a vu, il m'a dit : "Ne tenez pas compte du courrier." Deux semaines plus tard, j'ai reçu une enveloppe avec 20 000 francs pour faire vivre ma famille. » Les anecdotes de ce genre sont nombreuses dans ce village de 3 500 habitants des Cévennes méridionales.

« Quand on était malade, il nous payait le complément de salaire, se souvient André, un autre retraité. Il nous proposait aussi des prêts à taux zéro, remboursables trois ans après. » Mutuelle prise en charge, treizième mois, intéressement à la participation… les avantages sociaux étaient nombreux. « Il a gagné du fric mais nous aussi. Quand il est parti, cela a commencé à changer », affirme André, qui a pu, à l'époque, s'acheter « une grande maison ».

Le plus abattu d'entre tous est peut-être Georges Argeliès, soixante-quinze ans, dont quarante-quatre passés au sein de l'entreprise. Ouvrier à dix-huit ans, il a fini directeur d'usine et proche collaborateur de Pierre Jallatte. C'est lui qui, le premier, a accusé la direction actuelle d'avoir tué l'homme qu'il admirait. Quelques jours avant le suicide, les deux hommes discutaient d'une éventuelle SCOP pour sauver l'entreprise. L'ampleur de la tâche les a finalement découragés de monter cette coopérative. Lors de l'occupation de l'usine, le 30 mai, Georges Argeliès traitait déjà, droit dans les yeux, le PDG italien de « voyou » qui ne méritait que la potence. À la fin de la deuxième table ronde en préfecture de Nîmes, il attend quelques heures avant de faire son compte rendu à Pierre Jallatte. Lorsqu'il prend son téléphone, il est trop tard. Il s'est suicidé une heure plus tôt.

Au-delà du drame humain que représente le suicide de leur ancien employeur, c'est aussi la situation de l'entreprise qui préoccupe. « Maintenant, ils s'en foutent pas mal des ouvriers. Ils n'ont pas de cœur. Il n'y a que l'argent qui compte et ils veulent toujours en gagner davantage », dénonce Maurice Viala, qui se déplace régulièrement jusqu'à l'usine pour soutenir les salariés et se tenir informé. « Ils veulent aller en Tunisie parce que la main-d'œuvre ne coûte rien », râle-t-il. « On devrait taxer les produits pour que ça leur coûte plus cher de les faire venir de là-bas que de les fabriquer », suggère André.

Ancienne employée de pharmacie à « Saint-Hippo », Adeline, quatre-vingt-deux ans, est originaire de Bilbao, en Espagne. En France depuis 1953, elle éprouve beaucoup de respect pour Pierre Jallatte, qu'elle a souvent croisé comme client. « C'était un ancien des Brigades internationales. Si son suicide pouvait sauver l'entreprise… Mais l'argent domine le monde. En Espagne aussi, tout ferme. Moi, je suis vieille mais la nouvelle génération est dans la mierda », s'inquiète-t-elle. Car ce qui scandalise plus que tout, les salariés comme les habitants, c'est le contexte économique dans lequel les dirigeants de Jallatte tentent de délocaliser toute la production.

« Notre taux de rentabilité a progressé de 30 % en trois ans et les commandes ont fait un bond de 40 % sur les cinq premiers mois de l'année », rappelle Jean-François Anton, délégué syndical CGT. Pour preuve, l'embauche récente de trois intérimaires pour satisfaire la demande. En trois ans, la capacité de production est passée de 750 à 900 paires par poste et journée de sept heures et demie de travail. « On nous annonce une différence de 8 euros sur le coût de fabrication des chaussures entre la Tunisie et ici. C'est vrai que c'est séduisant mais est-ce qu'on en vendra autant si on sacrifie la qualité », interroge le syndicaliste. Et qu'adviendra-t-il de tous ceux que Jallatte fait vivre localement, imprimeurs, livreurs et autres commerçants ?

Alors que Giovanni Falco, PDG du groupe JAL (comprenant Jallatte), a prétendu que les comptes étaient dans le rouge, une analyse comptable réalisée par le cabinet Secaphi-Alpha met en lumière une augmentation de 6 % du chiffre d'affaires de l'ensemble du groupe depuis le début 2007. « On a la certitude d'être rentable. Si les salariés avaient baissé les bras, on comprendrait, mais après tous les efforts de cadences et de disponibilités qu'ils ont fournis, ce n'est pas acceptable d'en arriver là », s'étonne Jean-Luc Hébrard, responsable d'atelier. Employée au laboratoire, Régine est pessimiste : « Je ne pense pas que l'on puisse sauver l'entreprise. Si les actionnaires étaient humains, on s'en serait aperçu. »

« Ils se foutent de l'industrie. Nous étions le poumon économique du secteur. Petit à petit, on va devenir une région de bronze-culs », s'emporte Jean-François Anton. Lundi, une première rencontre a eu lieu entre le directeur général, Joël Aunos, mandaté par les actionnaires, et des représentants du personnel afin de construire des solutions alternatives à la délocalisation. Le nouveau plan doit être présenté le 18 juin, lendemain du deuxième tour des législatives. Et ce jour-là, le syndicaliste ne voudrait pas que, chez les politiques, « il n'y ait plus personne ».



Petite chronique de la barbarie libérale

Suite à son rachat par JAL, groupe italien lui-même investi par des fonds de pension, l'ensemble de la production devait être délocalisée en Tunisie, sacrifiant au total 287 emplois sur 336, seuls les services administratif et logistique étant maintenus en France. Le mercredi 30 mai, jour de l'annonce de cette délocalisation, les salariés en colère ont fait parler d'eux en séquestrant leurs dirigeants (lire en commentaire). En pleine campagne législative, cette affaire médiatisée avait suscité un tollé dans le monde politique : tous les députés du département étaient montés au créneau, et Nicolas Sarkozy avait même écrit au président du Conseil Général du Gard pour lui indiquer qu'il avait demandé au gouvernement de "réfléchir" à une "stratégie de revitalisation" industrielle et économique du territoire cévenol... La fin de Jallatte est un nouveau coup dur pour le Gard, département touché par une vague de délocalisations de marques emblématiques : les collants Well fin 2006 (300 emplois supprimés), les pianos Pleyel il y a quelques mois (65 emplois supprimés) et des rumeurs autour de l'entreprise Eminence.

Pourtant, hier, les syndicats ont annoncé avoir trouvé un accord avec le propriétaire italien afin de suspendre le projet : "Les actionnaires américains ont décidé de mandater le directeur général France pour présenter un plan alternatif d'ici au 18 juin, afin de conserver une production viable sur les sites gardois", a dit la CGT. Mais son fondateur, lui, n'y a pas cru une seconde et a préféré en finir. Ainsi s'achève l'œuvre de toute une vie : l'ancien patron a choisi de se donner la mort plutôt que de voir ses salariés goûter à la mort… sociale.

Suicide du fondateur de

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