Je croyais qu'il fallait préserver l'indépendance de la
presse ?
Permettez-moi de me montrer choquée de constater que Mr
Guillaume Sarkozy fasse le forcing pour imposer sa personne aux destinées du
Monde. Je trouve que cette exigence est exorbitante étant donné qu'il est déjà
le frère du Président de la République en exercice.
« Le Monde » étant pas essence un journal de
droite, quel besoin a-t-il de vouloir y mettre son nez. Je comprendrais s'il
voulait « surveiller » le « Canard Enchainé », ou Marianne…
Alors quel est le motif de cette lubie ?
Je me demande toujours ce que cachent les choses, alors… que
nous cache Guillaume Sarkozy ?
Guillaume Sarkozy veut surveiller "Le Monde"
Guillaume Sarkozy, mai 2007
© AFP
Selon Capital.fr, Guillaume Sarkozy a envoyé une lettre
"comminatoire" aux dirigeants du "Monde"
Le frère aîné du président, délégué général du groupe
d'assurances privé Médéric, actionnaire du "Monde, "fait actuellement
le forcing pour entrer au conseil de surveillance du "Monde",
selon le site internet de Capital.
"Il vient ainsi d'envoyer à Pierre-Yves Romain, le secrétaire général
du directoire du groupe Le Monde, avec copie à Alain Minc, le président du
conseil de surveillance du quotidien jusqu'à fin mars, une lettre au ton
comminatoire que Capital.fr s'est procuré", poursuit le site.
Extraits : «En ma qualité de délégué général de Médéric Prévoyance, je vous
confirme par la présente la demande de Médéric Prévoyance, actionnaire
majoritaire de la SAS Le
Monde Prévoyance (…), de procéder dans les plus brefs délais
à ma nomination (….) en remplacement de M. Régis de Laroullière qui n'a plus
aucune qualité pour exercer cette fonction. Je vous rappelle avoir déjà exprimé
cette demande à M. Minc par courrier du 13 décembre 2007».
Guillaume Sarkozy ajoute : «Vous voudrez donc bien faire procéder sans
retard à ma cooptation en qualité de membre de ces conseils de surveillance».
Capital.fr précise que Guillaume
Sarkozy aurait ajouté : "pour vous permettre de procéder aux
formalités nécessaires, je vous adresse ci-joint trois photocopies de ma carte
nationale d'identité et trois déclarations de non condamnation».
Selon la même source, "les membres du conseil de surveillance du Monde
sont évidemment en majorité opposés à cette nomination". Dans un entretien à
Libération publié jeudi, Alain Minc affirme avoir
"fait la sourde oreille pour des raisons évidentes" depuis
"près d'un an" au souhait de M. Sarkozy de sièger au conseil de
surveillance.
Alain Minc: «Si Dumay part, je pars
aussi»
Alain Minc
(AFP).
Presse. Le président du conseil de
surveillance du groupe le Monde se défend d'avoir provoqué lui-même la crise de
gouvernance du Monde.
Recueilli par Frédérique Roussel
QUOTIDIEN :
jeudi 17 janvier 2008
Hier, dans Libération, Jean-Michel Dumay, président de la
Société des rédacteurs du Monde (SRM), réclamait le départ immédiat d'Alain
Minc, président du conseil de surveillance, prévu le 31 mars. Il l'accuse
d'avoir précipité le groupe dans la crise qui le secoue depuis un mois. Hier,
les syndicats du journal se sont ralliés à la SRM. Alain Minc
répond.
Allez-vous partir immédiatement ?
Il n'en est pas question. J'ai accepté de partir le 31 mars. Je
ne vais pas laisser un blanc-seing à la paranoïa du complot. Il n'y aurait
qu'un cas de figure où je serais prêt à partir immédiatement: si, dans un souci
d'apaisement, Jean-Michel Dumay quittait la présidence de la SRM, je
l'accompagnerais volontiers. Sinon, je partirai à l'heure dite, comme prévu.
Pourquoi cette «condition» ?
Ce n'est pas une condition : notre départ commun peut être le
prix de l'apaisement. Dans cette affaire, il a un côté Torquemada, un côté Dix
Petits Nègres. Jean-Michel Dumay a bloqué le renouvellement de Jean-Marie
Colombani. Nous avons totalement respecté son droit. Il a poussé, ce qui
n'était pas de son ressort, à accélérer mon départ. J'ai volontiers accepté de
le faire par attachement à une institution dont les salariés - peut-être ne
s'en rendent-ils pas compte - me doivent quand même d'être encore payés depuis
plusieurs années : j'ai levé 200 millions d'euros pour ce journal. La situation
était donc stabilisée, aux coups de boutoir près qui ont été donnés au
directoire, en particulier à Bruno Patino, qui ont amené celui-ci à
démissionner. Je ne sais pas à quoi tient ce désir, délibéré ou non, conscient
ou non, de terre brûlée.
Avez-vous orchestré la démission du directoire ?
C'est faire injure à quelqu'un qui brigue la présidence de ce
groupe, Eric Fottorino, à des personnes de l'expérience et de l'intelligence de
Pierre Jeantet et de Bruno Patino de penser que je les ai manipulés le
19 décembre, et que, pendant quinze jours, ils ne s'en seraient pas rendu
compte, avant de confirmer leur choix le 4 janvier. C'est infantile.
Avez-vous demandé à Lagardère de monter au
capital ?
Avant de dialoguer avec Lagardère, j'ai dialogué avec Prisa, et
j'ai tenu aussi informés nos actionnaires italiens. Quand une entreprise est
dans une situation difficile, c'est le devoir fiduciaire du président de son
conseil de connaître la vision, les perspectives et les hypothétiques intentions
de ses actionnaires. Si Jean-Michel Dumay veut un jour présider un conseil de
surveillance, il faudra qu'il apprenne le métier.
Une recapitalisation vous apparaît-elle
nécessaire ?
Une recapitalisation est inéluctable. Jean-Marie Colombani et moi-même
avons abordé ce sujet il y a plus de six mois. Elle doit simplement,
lorsqu'elle se fera, se faire dans le respect des spécificités de ce journal et
de son indépendance, qui ont été infiniment plus protégées depuis 1994 par
Colombani et moi-même que par la
SRM. Nous aurions pu tuer d'une balle la Société des
rédacteurs lors de la dernière recapitalisation. Nous nous sommes refusés à le
faire.
Votre position aujourd'hui ?
Juan Luis Cebriàn [PDG de Prisa, ndlr] et Didier Quillot
[Lagardère] sont allés présenter un schéma à la SRM, laquelle s'est bien gardée
d'en informer ses membres. Je crois que ce schéma est très respectueux de la
spécificité du Monde. Il faut arrêter de jouer avec des fantasmes.
Prisa, groupe éditeur d'El Pais, et Juan Luis Cebriàn, «Beuve-Méry
espagnol», seraient-ils les instruments d'un sarkozysme rampant?
Vous vengez-vous ?
Les journalistes croient toujours que l'univers tourne autour
d'eux. Qu'ils ne s'inquiètent pas. Le 1er avril, entre mes bouquins,
mon business croissant de consultant et tout le reste de mes activités, je
n'aurai pas besoin de penser à eux du matin au soir pour m'occuper. Tout cela
est risible.
Pourquoi n'êtes-vous alors pas parti avant ?
Uniquement parce que je n'admets pas qu'un actionnaire
outrepassant ses pouvoirs, tel un dompteur, veuille imposer la vie à coups de
fouet.
Jean-Michel Dumay est suivi par la rédaction…
Il existe, chacun le sait, des dynamiques d'assemblées…
Quelle issue voyez-vous ?
Il y a mille solutions possibles, à condition qu'entre les deux
délégations (actionnaires partenaires et association Beuve-Méry d'une part,
sociétés de personnel d'autre part) il y ait un climat tel que ce journal en a
traditionnellement connu. Les solutions ne sont pas compatibles avec les
oukases et les coups de trique.
Votre proximité avec Nicolas Sarkozy pose
problème…
Le président de la République est un ami proche. Je ne m'en suis
jamais caché. Mes positions pendant la campagne n'ont pas empêché le Monde
de prendre les siennes. Quant à la ligne éditoriale depuis l'élection, je n'ai
pas l'impression de l'avoir influencée ! Si je «sarkozysais» le Monde,
qu'aurait-il été sans cela ? Lutte ouvrière ?
Qu'en est-il de Guillaume
Sarkozy, qui veut sa place au conseil de surveillance ?
Depuis près d'un an, il souhaite occuper le poste dévolu à
l'actionnaire le Monde Prévoyance. J'ai fait, en l'en prévenant, la sourde
oreille pour des raisons évidentes. Dumay semble se faire le propagandiste de
son arrivée. Aurait-il donc trouvé son Sarkozy ? Je préfère le mien…
Avez-vous trouvé des candidats à votre
succession?
Le problème de ma succession est très simple : je voulais
trouver quelqu'un de la génération suivante. J'ai essayé six pistes, et j'ai
essuyé six refus. Cela mériterait d'être médité. Une solution intelligente
finira par prévaloir. Mais c'est une question connexe au problème de
gouvernance. Une société ne peut pas vivre sans mandataire social. Quand j'ai
menacé de saisir un administrateur provisoire, ce qui semble avoir troublé les
esprits, je n'ai fait que rappeler le droit.
Et si aucune solution n'est
trouvée le 25 janvier ?
La situation sera la même.
|