JALLATE / LA NOUVELLE
AFFAIRE DE DELOCALISATION
Suite à plusieurs articles dans Midi Libre. Je cite
« Un nouveau coup dur dans le Gard, qui était hélas attendu. Le groupe Jallatte,
un des fleurons de l'industrie textile du département, numéro 1 de la chaussure
de sécurité, risque de s'envoler vers la Tunisie. L'annonce à été faite par le
propriétaire du groupe, l'Italien JAL, lui-même contrôlé par un fonds
d'investissement Américain. De quoi déboussoler un peu plus les Cévennes
Gardoises qui viennent déjà de perdre l'essentiel de la fabrication des
collants Well, un groupe né au Vigan. Du coup, le sous-préfet a tapé sur la
table : pas question d'accepter sans broncher cette nouvelle
délocalisation ».
« Georges Frêche, prêt à mettre les moyens et demande
la mise en place d'un plan de revitalisation des Cévennes Gardoises. »
Je crains qu'en la matière, si l'on commence à mettre
« les moyens », cela va continuer. Un autre, et encore un autre…
Comme les enlèvements pour les demandes de rançons… L'engrenage !
Et pourtant il faut bien faire quelque chose. J'y verrais
bien un grand coup d'éclat. Celui qui me semble le plus juste pour les salariés
de toutes les entreprises visées par les mêmes aigrefins : la seule
solution consiste à les priver des moyens qu'ils croient nous avoir pris, et
reprendre ce qui est à nous. Nos marques nous appartiennent, nos emplois sont à
nous !!!
Nous devons d'urgence légiférer
pour déclarer hors la loi toutes ces délocalisations, racheter nos entreprises
pour la modique somme hautement symbolique de 1 euro, et conserver nos centres
de profit pour notre économie !
Et puis j'ajoute à l'attention de
tous les acheteurs des chaussures de sécurité « Jallatte » : « qu'est-ce
qui vous garanti que la qualité sera préservée, si l'on délocalise pour
fabriquer à Pétat-où-chnoque » !!!
LE GROUPE JALLATTE :
Le
Groupe « Jallatte » appartient au Groupe JAL qui rassemble les
activités de production et de commercialisation de chaussures et bottes
professionnelles des Groupes Almar et Jallatte.
-Chiffre
d'affaires Groupe JAL 2004 : 181 millions d'euros (dont 79 millions pour
le groupe Jallatte)
-Plus de 11 millions de paires vendues en 2004
par le Groupe JAL, dont 3,5 millions pour le Groupe Jallatte
-Plus
de 4300 personnes dans le monde (dont 550 en Europe)
-3
usines et une tannerie en France et un site de production en Tunisie
-Présence
commerciale internationale avec leadership sur le marché européen. 30 % du
marché en volume réalisé au travers de 8 marques : Jallatte, Auda, Lupos,
Impact (Groupe Jallatte) ; Almar, Aimont (Groupe Almar)
-4
filiales commerciales en Allemagne, UK, Italie et Espagne
-Partenariat
commercial et technologique avec la société Simon au Japon
HISTORIQUE :
En
1947, Pierre Jallatte reprend une fabrique de galoches des Cévennes et installe
la société Jallatte
dans un fort construit par Vauban pour repousser la rébellion Huguenote.
Au
cours d'un voyage aux Etats-Unis, il découvre les premières chaussures de
sécurité pour le travail et a été le premier à importer l'idée en France.
LA CONSTITUTION DU GROUPE :
Au fil
des années, la
société Jallatte s'est développée et a fortifié son
portefeuille de marques :
-1986 :
Accords Simon/Jallatte et début des fabrications au japon ;
-1987 :
Prise de participation majoritaire dans le Groupe A. LAFONT
-1990 :
Prise de participation majoritaire dans le groupe Auda, fabricant Français de la botte PVC de sécurité et
de loisirs.
-1998 :
Prise de participation de CVC Capital Partners via la société financière du
fort.
-2000 :
Rapprochement des sociétés Jallatte/Almar via CVC Capital Partners.
Constitution d'un groupe européen de 200 millions d'euros, avec 30 % de parts
de marché et 11 millions de paires fabriquées.
-2003 :
Filiation des activités techniques (Jaltech SAS), commerciales (Jalcom SAS) et
administratives (Jalservices SAS).
Actuellement le groupe fabrique et commercialise 4 marques
de chaussures et bottes à usage professionnel : Jallatte, Lupos, Auda,
Impact.
LES MOYENS DE PRODUCTION :
La
fabrication des chaussures est réalisée, en France sur 4 sites de production ayant
chacun ses spécificités :
L'usine de Saint-Hippolyte-du-Fort (30) est affectée à la production du Triffane et du
Lightime ainsi qu'aux embouts composites Xétane sur le principe de lignes et
d'ilots flexibles très automatisées.
-Production
journalière : 1700 paires.
L'usine et le stock central d'Alès (30)
est initialement une réponse aux
besoins de croissance de capacité de production de Jallatte, elle est
aujourd'hui spécialisée dans la fabrication du Softane Bimatière ainsi que du
triftane et se concentre autour de 4 ilots flexibles. Elle est devenue au cours
des ans, un centre d'excellence dans l'injection des polymères.
-Production
journalière : 3000 paires.
L'usine du Breuil sur Couze (63) spécialisée dans l'injection de bottes de
sécurité en PVC. L'usine est située en Auvergne, à 10 km au sud d'Issoire. Trois
carrousels assurent la production quotidienne de 2500 paires de bottes AUDA. Le
procédé d'injection utilisé permet de combiner plusieurs qualités de PVC et les
éléments de sécurité pour donner une collection complète de bottes. Un atelier
d'assemblage fabrique environ 120 paires par jour cuissardes et combinaisons en
PVC. Les produits sont contrôlés et emballés sur 2 lignes et expédiées au stock
d'Alès.
-Production
journalière : 2400 paires de bottes / 120 paires de cuissardes et
combinaisons en PVC.
La tannerie BCS (74)
La
qualité étant la principale préoccupation de Jallatte, le Groupe a racheté la tannerie BCS, une des
plus anciennes de France, installée sur un terrain de 11000 m2, dotée d'un
matériel moderne et performant, fortement automatisée, elle traite un volume
mensuel de 400000 pieds carrés
de cuir de bovins.
Pour
pallier les problèmes de pollution, BCS s'est associée à 2 autres tanneries
françaises dans la création d'une unité de pré-tannage où, depuis 1987, sont
effectués le travail de rivière et le tannage. Cet atelier des travaux humides
a une capacité de 70 tonnes par jour, ce qui nécessite une grande quantité
d'eau. Une station d'épuration ultramoderne avec traitement physico-chimique et
biologique, correspondant à 100000 équivalents-habitants, récupère et traite
tous les déchets. Ainsi l'eau renvoyée à la rivière est potable.
BCS
produit essentiellement des bandes de cuir pleine fleur et nubuck sous
différentes présentations pour les chaussures de sécurité, de sport, de
randonnée, ainsi que les croupons pour les chaussures de montagne, les bottes
pompiers, les rangers militaires.
Une
partie de son activité est destinée à la maroquinerie et à la ceinture. Tous les
cuirs BCS sont conformes aux normes européennes. La tannerie s'est fait aussi
une spécialité dans la fourniture de cuir répondant à des cahiers des charges
particulièrement contraignants.
-Production
mensuelle : 400000 pieds carrés
de cuir de bovins.
Le Groupe Jallatte délocalise une
partie de sa production en Tunisie
Le Groupe français Jallatte,
qui produit 1,2 million de paires de chaussures de travail par an, compte 4.300
ouvriers -dont 550 en France…, avec 181 millions d'euros de chiffre d'affaires (2004)
a décidé de s'installer en Tunisie.
Ce redéploiement de Jallatte va entraîner, bien évidemment, la fermeture de
certaines de ses usines en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne. En
fait, l'entreprise va délocaliser la totalité de sa production hors d'Europe,
dont une bonne partie en Tunisie.
Ce groupe est considéré comme le leader européen de la fabrication des
chaussures de sécurité.
mercredi 30 mai 2007
Délocalisation de Jallatte : Premier écueil pour
Sarkozy
« Je propose que l'Etat se donne les moyens
d'investir dans les bassins industriels en difficulté pour les réindustrialiser
en y développant des activités nouvelles » disait le candidat Sarkozy.
Sarkozy Président et déjà Jallatte le numéro 1 en France de la
chaussure de sécurité délocalise en Tunisie : Perte nette 286 emplois en France
sur 336. Sans compter les emplois induits pour la région.
De deux choses l'une :
Soit Sarkozy empêche cette délocalisation, soit il redonne rapidement de
l'espoir aux salariés licenciés en mettant les moyens de l'Etat pour investir
localement. Investir en formation, investir "dans une activité
nouvelle".
Parce que bien sûr ce sont aux salariés licenciés qu'il faut fournir une
requalification en priorité.
Les jours qui viennent montreront si oui ou non Sarkozy est l'homme à tout
faire du gouvernement et s'il a les moyens de sa démesurée ambition.
Jallatte a été crée en 1947 et produit 1,2 millions de paires de chaussures
par an.
Les sites menacés sont dans le Gard, le Puy-de-Dôme et la Moselle.
Voir Tunisie
Affaire
Déjà Aubade délocalisait de Poitou-Charentes
vers la Tunisie (Voir FashionMag)
: 180 emplois de perdus en France. Avec Jallatte, ce sont deux fleurons
français qui s'en vont.
Hier Sarkozy ne pouvait rien faire car il n'était pas Premier
ministre disait-il. Et maintenant alors ?
La logique des patrons est de délocaliser pour rester compétitif, conserver
son entreprise et les profits qui vont éventuellement avec.
Le client, lui, veut conserver la qualité des produits.
Le salarié veut garder son emploi.
Ces trois logiques ne semblent pas aller ensemble avec Jallatte.
Dans la théorie on peut accepter que Jallatte aille produire ailleurs si des
emplois sont créés à la place.
En pratique, ce ne sont pas les mêmes qui profitent des emplois créés
(nouvelles technologies par exemple) et ceux qui perdent leur emploi.
Aménagement du territoire
L'aspect le plus dramatique de la fermeture d'un site industriel, pour
raisons de délocalisation ou de cessation d'activité, c'est l'effet de levier
négatif dû à la situation géographique du site. La grande mutation dans le
secteur minier au début des années 70
a fait des dégâts énormes, car la mine représentait,
directement ou indirectement, 70% de l'économie régionale.
Aujourd'hui, des entreprises naissent et disparaissent chaque jour dans la
région parisienne, sans que l'impact soit notable sur le bassin d'emploi, mais
en province, quand une usine de 200 ouvriers ferme ses portes, il n'y a pas 200
nouveaux jobs ouvriers dans un rayon de 100 km. Le processus de reclassement, et de
création de nouveaux emplois, prend beaucoup plus de temps et de nombreuses
familles souffrent, tout le tissu social est affecté.
Les élus doivent anticiper les grandes mutations économiques en construisant
des « clusters » des centres d'excellence de nouveaux domaines industriels.
Cela ne se fera pas dans chaque petite ville de province, mais si l'aménagement
du territoire était bien pensé, nous aurions des nouveaux centres à fiscalité
réduite dans les régions les plus touchées.
Posté par lg, dimanche 10 juin 2007 à 13:54
Déclaration d'Olivier Besancenot.
La direction de la société Jalatte a sans doute cru que l'élection
de N. Sarkozy comme président de la république allait lui permettre de
licencier sans problèmes 286 salariés pour cause de délocalisation du leader
mondial de la chaussure de sécurité en Tunisie. C'était sans compter sur la
colère des salariés qui, avec l'arrêt de la production et la fermeture des
sites sur Alès, Saint-Hippolyte du Fort, voient leurs vies et celles de leurs
familles brisées
Une fois de plus, les salariés sont traités comme de la main
d'œuvre jetable par des actionnaires et des fonds de pension avides de profit
maximum.
Je tiens à exprimer ma totale solidarité avec la révolte des
salariés de Jalatte, mon soutien absolu aux actions qu'ils vont entreprendre à
commencer par le rassemblement qu'ils tiennent aujourd'hui devant la Préfecture
à Nîmes. Le plan social est repoussé d'un mois. C'est inacceptable ! Il
faut qu'il soit purement et simplement annulé. Non à la fermeture des sites de
production et à la délocalisation, non aux licenciements, maintien de tous les
emplois.
Il faut que l'ensemble des organisations syndicales, de la gauche
sociale et politique tisse un réseau de solidarité avec les salariés de Jallatte
et prennent toutes les initiatives nécessaires pour faire reculer la direction.
Pierre Jallatte, qui avait fondé l'entreprise du même nom en
1947, l'avait récemment vendu à un groupe Italien. Et c'est la nouvelle
direction qui a pris la décision de délocaliser la production en Tunisie.
D'après Le Midi Libre, il était très affecté par le sort de son ancienne
entreprise.
Toujours d'après le Midi Libre, Georges Argeliès, 75 ans,
l'ancien directeur des usines et compagnon de Pierre Jallatte depuis 1950,
avait, le jour de l'annonce de la fermeture des usines gardoises, traité les
nouveaux actionnaires de « voyous » méritant juste « d'être
pendus haut et court »…
La LCR ne peut bien sûr reprendre publiquement ces termes, mais
elle tient à dénoncer fermement la soif de profit, la rapacité, d'actionnaires
qui en ont rien à foutre de condamner au chômage (et donc à la mort sociale)
des centaines d'employés dans une région déjà durement touchée par les licenciements.
emplois. Et le faire chaque fois que des emplois seront
menacés alors que des dividendes sont versés.
Mettre un peu de
moralité dans ce monde de brutes ! N'oubliez pas, les horlogers de LIP ont
vaincu les actionnaires qui voulaient leur peau. (Regardez la note concernant
LIP)
>> Social,
économie et politique Jalatte
: suicide du fondateur Samedi, 09 Juin 2007
Pierre Jallatte, 88 ans,
fondateur du leader européen de la chaussure de sécurité dont le site du Gard
est actuellement menacé de délocalisation, s'est suicidé chez lui hier
après-midi d'un coup de carabine.
Pierre Jallatte n'a visiblement pas supporté de
démantèlement de son entreprise, qu'il avait fondée en 1947. "C'était un
patron à grande gueule mais à grand cœur, pas un financier comme il y a
maintenant", a dit Jean-François Anton, délégué CGT de 54 ans qui
travaille depuis 1969 sur le site du village cévenol de
Saint-Hippolyte-du-Fort. Un drapeau noir a aussitôt été placé à l'entrée de
l'usine avec sa photographie. "C'est fréquemment qu'il me disait qu'il
souhaitait mourir avant que son usine ferme", a expliqué, très ému, un
ancien salarié de 75 ans qui a supervisé la production de Jallatte durant 25
ans, ajoutant : "Il avait très mal vécu [l'annonce de la délocalisation].
Ce n'est pas le premier plan social que les actionnaires nous font. L'usine espagnole
avait fermé, l'usine allemande avait fermé, une usine d'Alès avait fermé, et
tout ça fait beaucoup." "Ce sont les actionnaires qui l'ont
tué", disent-ils tous.
Jallatte : ces fonds de pension qui
tuent l'emploi et les hommes
Malgré l'émotion suscitée par la mort de Pierre Jallatte, à Saint-Hippolyte-du-Fort, salariés et
habitants se mobilisent pour sauver l'entreprise de chaussures de sécurité.
Pierre Jallatte était un homme de
parole : il voulait mourir avant l'entreprise qu'il avait fondée. Et c'est
au moment précis où se discutait l'avenir de celle-ci que, trois semaines avant
ses 89 ans, il s'est suicidé, vendredi matin, en se tirant un coup de carabine
dans la tête, chez lui, à Nîmes (Gard). Très affecté par l'annonce de la
délocalisation en Tunisie de la totalité de la production des chaussures de
sécurité qui portent son nom, celui qui, en 1947, reprend l'usine de galoches
de son père n'aura même pas attendu les conclusions de la table ronde qui se
tenait alors en préfecture, à quelques kilomètres de son domicile.
« Les actionnaires ont tué Pierre Jallatte »
Bien qu'il n'ait laissé aucun message, les raisons du suicide de Pierre Jallatte ne sont guère mystérieuses. Georges
Argeliès, directeur de production pendant vingt-cinq ans, ne prend pas de
détours : « Il y a dix jours, j'ai dit aux dirigeants de la société
qu'ils étaient des voyous, qu'ils méritaient d'être pendus haut et court.
Aujourd'hui, je le redis, ce sont eux et les actionnaires qui ont tué Pierre Jallatte. ». À Saint-Hippolyte-du-Fort, village
de 3 500 habitants qui a vu prospérer la marque, l'émotion est grande. Samedi,
le portrait du défunt et un long drap noir ont été hissés à l'entrée de
l'usine. Un témoignage voulu par le personnel mais désapprouvé par la direction
actuelle. Habitants, salariés, d'hier et d'aujourd'hui, et élus se sont
recueillis en hommage à l'ancien entrepreneur. De nombreuses personnes défilent
pour adresser un message de sympathie sur les registres de condoléances.
« C'était un patron à grande gueule mais à grand cœur, pas un financier
comme il y a maintenant. Ce geste, il l'a fait pour nous sauver car il ne
supportait pas l'idée que le fric puisse gâcher des vies humaines »,
témoigne Jean-François Anton, responsable de la CGT, embauché en 1969. Jusqu'à
neuf cents personnes ayant travaillé chez Jallatte,
toutes les familles de la commune ont eu un de leurs membres comme salarié.
« C'était un patron à l'ancienne, paternaliste. Il vivait très mal les
orientations actuelles de l'entreprise, décidées par des fonds de pension,
raconte Jean-Michel Suau, conseiller général communiste. Espérons au moins que
ce drame va peser positivement dans l'avenir de Jallatte,
qui représente une des premières délocalisations de l'ère Sarkozy »,
conclut-il.
Suspension du projet de délocalisation
Alors qu'un accord garantissait la continuité de la production jusqu'en
octobre 2007 sur les deux sites de Saint-Hippolyte-du-Fort et d'Alès, la
direction a présenté un plan de délocalisation, le 30 mai dernier, menaçant de
supprimer 285 emplois sur 336. La deuxième table ronde, vendredi dernier, a
abouti à la suspension du projet, grâce à la persévérance des syndicats et
élus. « Le directeur général France, Joël Aunos, a été mandaté pour
présenter un plan alternatif d'ici au 18 juin, afin de conserver une production
viable sur les sites gardois », a rapporté Christian Dubois, de la CGT. Lors de la
manifestation contre la délocalisation, prévue jeudi à Alès, les salariés
porteront un brassard noir, en signe de deuil. Après leur charismatique patron,
ils sont prêts à se battre pour ne pas enterrer leur outil de travail.
Ludovic Tomas
« Maintenant, chez Jallatte, ils s'en
foutent pas mal des ouvriers »
Délocalisation. Choqués par le suicide de leur patron
historique, salariés anciens et actuels manifestent aujourd'hui à Alès leur
refus de laisser leur patrimoine industriel aux mains des actionnaires voyous.
Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard),
Envoyé spécial.
« Pour le courage et la détermination d'un homme qui a su s'entourer
des meilleurs mais qui a dû s'incliner devant la lâcheté de la mondialisation
qu'on appelle aussi capitalisme. » Ce témoignage inscrit sur le cahier de
doléances, installé à l'entrée de l'usine, reflète l'atmosphère de tristesse et
la colère qui règnent depuis vendredi à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard). Ici, le
nom de Jallatte, c'est un bout d'histoire de
chaque famille. Et celui de Pierre Jallatte met
les larmes aux yeux de Maurice Viala, quatre-vingt-quatre ans. Le fondateur et
ancien dirigeant de l'entreprise de chaussures de sécurité qu'il a hissée au
premier rang mondial s'est suicidé vendredi dernier, ne pouvant accepter la
délocalisation de la production en Tunisie.
« C'est nous qui avons monté l'usine. J'y ai passé vingt-quatre ans de
ma vie. On travaillait beaucoup mais on était récompensés », raconte
Maurice Viala, embauché en 1960. Rigoureux mais généreux, c'est l'image qui
reste de Pierre Jallatte, que personne ne
s'aventure à critiquer. « Après un accident de moto, je suis resté
dix-neuf mois dans le plâtre. Un jour, je reçois une lettre me demandant de me
présenter au travail sous peine de licenciement. Quand M. Jallatte m'a vu, il m'a dit : "Ne tenez pas
compte du courrier." Deux semaines plus tard, j'ai reçu une enveloppe avec
20 000 francs pour faire vivre ma famille. » Les anecdotes de ce genre
sont nombreuses dans ce village de 3 500 habitants des Cévennes méridionales.
« Quand on était malade, il nous payait le complément de salaire, se
souvient André, un autre retraité. Il nous proposait aussi des prêts à taux
zéro, remboursables trois ans après. » Mutuelle prise en charge, treizième
mois, intéressement à la participation… les avantages sociaux étaient nombreux.
« Il a gagné du fric mais nous aussi. Quand il est parti, cela a commencé
à changer », affirme André, qui a pu, à l'époque, s'acheter « une
grande maison ».
Le plus abattu d'entre tous est peut-être Georges Argeliès, soixante-quinze
ans, dont quarante-quatre passés au sein de l'entreprise. Ouvrier à dix-huit
ans, il a fini directeur d'usine et proche collaborateur de Pierre Jallatte. C'est lui qui, le premier, a accusé la
direction actuelle d'avoir tué l'homme qu'il admirait. Quelques jours avant le
suicide, les deux hommes discutaient d'une éventuelle SCOP pour sauver
l'entreprise. L'ampleur de la tâche les a finalement découragés de monter cette
coopérative. Lors de l'occupation de l'usine, le 30 mai, Georges Argeliès
traitait déjà, droit dans les yeux, le PDG italien de « voyou » qui
ne méritait que la potence. À la fin de la deuxième table ronde en préfecture
de Nîmes, il attend quelques heures avant de faire son compte rendu à Pierre Jallatte. Lorsqu'il prend son téléphone, il est trop
tard. Il s'est suicidé une heure plus tôt.
Au-delà du drame humain que représente le suicide de leur ancien employeur,
c'est aussi la situation de l'entreprise qui préoccupe. « Maintenant, ils
s'en foutent pas mal des ouvriers. Ils n'ont pas de cœur. Il n'y a que l'argent
qui compte et ils veulent toujours en gagner davantage », dénonce Maurice
Viala, qui se déplace régulièrement jusqu'à l'usine pour soutenir les salariés
et se tenir informé. « Ils veulent aller en Tunisie parce que la main-d'œuvre
ne coûte rien », râle-t-il. « On devrait taxer les produits pour que
ça leur coûte plus cher de les faire venir de là-bas que de les
fabriquer », suggère André.
Ancienne employée de pharmacie à « Saint-Hippo », Adeline,
quatre-vingt-deux ans, est originaire de Bilbao, en Espagne. En France depuis
1953, elle éprouve beaucoup de respect pour Pierre Jallatte,
qu'elle a souvent croisé comme client. « C'était un ancien des Brigades
internationales. Si son suicide pouvait sauver l'entreprise… Mais l'argent
domine le monde. En Espagne aussi, tout ferme. Moi, je suis vieille mais la
nouvelle génération est dans la mierda », s'inquiète-t-elle. Car ce qui
scandalise plus que tout, les salariés comme les habitants, c'est le contexte
économique dans lequel les dirigeants de Jallatte
tentent de délocaliser toute la production.
« Notre taux de rentabilité a progressé de 30 % en trois ans et les
commandes ont fait un bond de 40 % sur les cinq premiers mois de
l'année », rappelle Jean-François Anton, délégué syndical CGT. Pour
preuve, l'embauche récente de trois intérimaires pour satisfaire la demande. En trois ans,
la capacité de production est passée de 750 à 900 paires par poste et journée
de sept heures et demie de travail. « On nous annonce une différence de 8
euros sur le coût de fabrication des chaussures entre la Tunisie et ici. C'est
vrai que c'est séduisant mais est-ce qu'on en vendra autant si on sacrifie la
qualité », interroge le syndicaliste. Et qu'adviendra-t-il de tous ceux
que Jallatte fait vivre localement, imprimeurs,
livreurs et autres commerçants ?
Alors que Giovanni Falco, PDG du groupe JAL (comprenant Jallatte), a prétendu que les comptes étaient dans le
rouge, une analyse comptable réalisée par le cabinet Secaphi-Alpha met en
lumière une augmentation de 6 % du chiffre d'affaires de l'ensemble du
groupe depuis le début 2007. « On a la certitude d'être rentable. Si les
salariés avaient baissé les bras, on comprendrait, mais après tous les efforts
de cadences et de disponibilités qu'ils ont fournis, ce n'est pas acceptable
d'en arriver là », s'étonne Jean-Luc Hébrard, responsable d'atelier.
Employée au laboratoire, Régine est pessimiste : « Je ne pense pas
que l'on puisse sauver l'entreprise. Si les actionnaires étaient humains, on
s'en serait aperçu. »
« Ils se foutent de l'industrie. Nous étions le poumon économique du
secteur. Petit à petit, on va devenir une région de bronze-culs »,
s'emporte Jean-François Anton. Lundi, une première rencontre a eu lieu entre le
directeur général, Joël Aunos, mandaté par les actionnaires, et des
représentants du personnel afin de construire des solutions alternatives à la délocalisation. Le
nouveau plan doit être présenté le 18 juin, lendemain du deuxième tour des
législatives. Et ce jour-là, le syndicaliste ne voudrait pas que, chez les
politiques, « il n'y ait plus personne ».
Petite chronique de la
barbarie libérale
Suite à son rachat par JAL, groupe italien lui-même investi
par des fonds de pension, l'ensemble de la production devait être délocalisée
en Tunisie, sacrifiant au total 287 emplois sur 336, seuls les services
administratif et logistique étant maintenus en France. Le mercredi 30 mai, jour
de l'annonce de cette délocalisation, les salariés en colère ont fait parler
d'eux en séquestrant leurs dirigeants (lire en commentaire). En pleine
campagne législative, cette affaire médiatisée avait suscité un tollé dans le
monde politique : tous les députés du département étaient montés au créneau, et
Nicolas Sarkozy avait même écrit au président du Conseil Général du Gard pour
lui indiquer qu'il avait demandé au gouvernement de "réfléchir" à une
"stratégie de revitalisation" industrielle et économique du
territoire cévenol... La fin de Jallatte est un nouveau coup dur pour le Gard,
département touché par une vague de délocalisations de marques emblématiques :
les collants Well fin 2006 (300 emplois supprimés), les pianos Pleyel il y a
quelques mois (65 emplois supprimés) et des rumeurs autour de l'entreprise
Eminence.
Pourtant, hier, les syndicats ont annoncé avoir trouvé un
accord avec le propriétaire italien afin de suspendre le projet : "Les
actionnaires américains ont décidé de mandater le directeur général France pour
présenter un plan alternatif d'ici au 18 juin, afin de conserver une production
viable sur les sites gardois", a dit la CGT. Mais son fondateur,
lui, n'y a pas cru une seconde et a préféré en finir. Ainsi s'achève l'œuvre de
toute une vie : l'ancien patron a choisi de se donner la mort plutôt que de
voir ses salariés goûter à la mort… sociale.
Suicide du fondateur de
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